CRUSH – COUPS DE COEUR


The thirteen tale (le treizième conte)

 

Vida WINTER, écrivaine célèbre vit retirée du monde dans un manoir solitaire du Yorkshire. Célèbre mais énigmatique, elle a depuis toujours brouillé les pistes de sa vie, mettant a profit ses dons de conteuse pour inventer son histoire en dizaine de versions différentes…

Au crépuscule de son existence, atteinte d’une maladie qu’elle sait fatale, elle décide de tout dévoiler et de remonter le temps, le vrai, le sien ; dans ce but elle choisi Margaret LEA, une discrète jeune femme, libraire passionnée de livres anciens et essayiste à ses heures, pour être sa biographe.

Dans ce temps suspendu que devient leur rendez-vous quotidien les deux femmes vont tisser une relation étrange, faite de fascination et d'admiration, de non-dits et de lourds secrets de famille et en livrant le passé de l’une, vont retrouver celui de l’autre.

Un superbe voyage au cœur de la littérature anglaise, une ode à l’écriture, ou la quête de vérité se transforme page après page en un véritable conte, à la fois fascinant et effrayant…

 

"Vous ne croyez pas qu’on peut dire la vérité beaucoup mieux avec une histoire ?"...

 

Commentaire :

« Les lecteurs sont des imbéciles. Ils croient que toute écriture est autobiographique. C’est vrai, mais pas de la manière dont ils le pensent. La vie de l’écrivain a besoin de temps pour pourrir avant de pouvoir nourrir une œuvre de fiction. On doit lui permettre de se décomposer.»

 

Atmosphère, atmosphère… si vous aimez les atmosphères mystérieuses, les héroïnes extravagantes et manipulatrices au destin trouble, les secrets de famille,  les frères et sœurs pervers aux relations ambiguës, les gouvernantes autoritaires aux méthodes révolutionnaires, les médecins fins littéraires, les jardiniers et les nourrices très dévoués, bref si vous aimez la grande tradition anglaise des romans gothiques STOP : prenez celui là d’urgence !!

Une pincé des Brontës, un brin de Daphné Du Maurier et Rebecca (un gros clin d’œil même puisque l’héroïne s’appelait De Winter..), une touche de J.Austen et l’Abbaye de Northanger et sans doute aussi le fantôme de la Dame en blanc de Wilkie Collins..

Ce pourrait être un roman classique XIXème so British qu’on sirote dans une cup of tea… mais voilà : celui là est différent, non seulement parce que c’est un auteur contemporain qui l’a écrit en 2006 (sortie française début 2007), mais surtout parce que c’est le lecteur qui assiste à la naissance du roman et le construit en même temps que la narratrice.. astucieux.. 

 

« La vie n’est qu’un tas de compost – vous trouvez l’expression bizarre, mais c’est celle qui convient. Toute ma vie et toutes mes expériences, les évènements que j’ai connus, les gens que j’ai rencontrés, mes souvenirs, mes rêves, mes fantasmes, tout ce que j’ai pu lire, tout a été jeté sur le tas de compost et s’est transformé au fil du temps en une matière organique, sombre et riche, que le processus de la décomposition cellulaire rend méconnaissable. Les gens l’appellent, cette matière, l’imagination. Je préfère, moi, parler un tas de compost. De temps à autre, je m’empare d’une idée, la plante dans le compost, et j’attends. Elle se nourrit de cette substance noire qui était autrefois une vie, s’approprie son énergie. Elle germe. Prend racine. Produit des pousses. Jusqu’au jour ou j’ai enfin une nouvelle, ou un roman.»

 

Et comme la conteuse fait partie de l’histoire et qu’elle sème ses petits cailloux pour retrouver le chemin de sa vérité, on se prend a essayer de retrouver ces maudits cailloux avec elle… et on la suit dans ses aller-retour du présent au passé, dans ce vrai labyrinthe ou la création littéraire se nourrit d’un parcours atypique, étrange et envoûtant.

Qui est vraiment Vita Winter, aujourd’hui comme hier ? est-elle Emmeline ou bien Adeline ? ou bien .. et quel est ce chapitre manquant (le treizième..) dans un de ses best seller ?

Un vrai belle histoire passionnante qui vous prend par la main pour ne plus vous lâcher, jusqu’à la dernière page ..et un best seller mérité !

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I capture the castle (Le château de Cassandra : traduction très moyenne..)

 

Les années 1930 – Cassandra une jeune fille pleine d'esprit et de talent vit avec sa famille pour le moins excentrique dans un château mal entretenu au fin fond de l'Angleterre. Au fil de trois cahiers, elle relate les évènements qui jalonnent leur existence de mars d'une année à octobre de l'année suivante. Elle a environ 18 ans et veut devenir écrivain -

 

Mon commentaire :

Dès la première page on tombe dans une marmite pétillante, remplie de ces odeurs délicieuse (pour moi) propices à la création artistique romanesque. Pourtant Cassandra a les 2 pieds bien encrés dans la terre, mais ce lieu si particulier qu’elle décrit d’une manière émouvante et drôle est un Lieu littéraire et fantasmatique qui communique en ligne directe avec son âme ; chaque pierre du château, chaque endroit est une lecture. Des poètes et romanciers classiques de la littérature anglaise hantent les jardins, tandis que Jane Austen et les soeurs Bröntes veillent à chaque page sur leur protégée.

 

"Et puis je me suis aperçue qu'écrire dans un lieu inhabituel peut se révéler fort productif : j'ai écrit mon meilleur poème perchée sur le toit du poulailler."

 

On rit beaucoup, tant cette famille qui vit chichement dans un lieu dépouillé mais magique est vraiment peu ordinaire, mais on se laisse entraîner par cette apprentie écrivaine dans des évènements cocasses, tendres, fantasques qui non seulement vont stimuler sa passion de l’écriture mais qui vont aussi la faire s’interroger sur la création artistique, sur ce rapport ambiguë des écrivains avec la réalité des choses, et sur ce rapport ambiguë de l’écriture avec le fantasme, la beauté et le rêve ;

 

« ..parce qu’il y a tant de choses qu’on ne peut exprimer simplement. Essayez donc d’expliquer ce qu’est la beauté – simplement – et vous comprendrez ce que je veux dire »

 

(à propos des innovations en littérature) « est-ce que tout peut se transformer en jolis petits lots rangés dans le bon ordre ? N’êtes vous pas constamment attirée par la métaphore ? Le premier homme à avoir employé la métaphore était un innovateur fantastique, aujourd’hui nous les utilisons sans même nous en apercevoir.. »

 

C’est ce personnage attachant qui dynamite tout ce roman ; même dans la deuxième partie, ou le premier sentiment amoureux fait irruption dans sa vie, on ne tombe jamais dans le vaudeville et la facilité mais au contraire on rebondit encore d’une manière rafraîchissante.

J’ai adoré… 

 

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ATONEMENT (Expiation)

 

Angleterre – 1935 – Briony, cadette d’une famille bourgeoise, n’est pas une jeune fille comme les autres ; solitaire et secrète, d’une intelligence vive, d’une curiosité intellectuelle déjà très enthousiaste, elle aime découvrir et comprendre le monde qui l’entoure, le raconter et l’interpréter à travers l’écriture, son exutoire. Lors de l’été de cette même année, la mise en scène qu’elle va créer autour d’une suite d’évènements importants voire dramatiques, va faire basculer son monde romanesque dans une réalité tragique.

 

Mon Commentaire :

Un jour, chacune d’entre nous a été une petite fille qui aimait se raconter des histoires, jouer aux adultes, créer un théâtre grandeur nature…ce temps paraît (quelquefois) si éloigné de notre présent qu’on a du mal à s’en souvenir.. et bien la première partie de ce livre est une machine à remonter le temps extraordinaire. Cette petite fille est familière, et donc tout de suite attachante ; et comme tant de souvenirs remontent à la lecture de ces premières pages.. un délice…  mais on se rend compte très vite que pour autant, elle est différente de toutes les petites filles qui grandissent.. elle a quelque chose de plus, parce que quelque chose de rare  (pour moi c’est un plus, d’autres pourraient penser que c’est un moins..) : la passion des mots, de l’écriture, une soif de tout comprendre, et surtout, (très important pour la suite) c’est une passionnée, une romanesque ;  et là, on sent très vite que Briony est en danger...comme une peur diffuse mais pénétrante au fur et à mesure que les pages tournent.. une inquiétude dans cette exacerbation des sentiments, les siens mais surtout ceux des autres, ces adultes qui l’entourent dont sa sœur, pour laquelle elle éprouve un amour inconditionnel.  

parce que lorsqu’on est encore dans cet espace indéfini entre l’enfance et l’âge adulte, l’espace est encore indéfini aussi entre l’imaginaire et la réalité du vécu, entre le romanesque et le réel ; d’ailleurs, et en filigrane, n’est-ce pas l’écrivain ( ou quelqu’un qui écrit ) qui est évoqué ? n’est-il pas lui-même en permanence dans cet espace indéfini, n’est-il pas en permanence en train d’écrire une histoire, en vivant sa vie comme une histoire et non comme une suite d’évènements plus ou moins difficiles, plus ou moins heureux… ? magnifique parabole qui m’a particulièrement touchée.

Tout bascule pour Briony un soir ou elle se trouve témoin par hasard d’une scène d’amour qu’elle va interpréter comme une scène d’agression. Une agression, il y en aura bien une ce soir là, mais son jugement erroné mais néanmoins « aimant » et sincère, va conduire un innocent à payer pour un crime qu’il n’a pas commis : terrible et fascinant à la fois et fin de la première partie.

Il y aura donc l’après.. 5 ans après exactement qui commence avec une deuxième partie très très ennuyeuse (à mon avis bien sûr) entièrement racontée par « l’innocent » qui est propulsé en France un peu avant le retrait des troupes alliées et l’invasion Allemande. Le calvaire d’un homme qui sera brisé. Nul besoin d’un chapitre entier, d’autant que le vide entre ces 2 moments est très frustrant. J’aurais adoré poursuivre le premier chapitre avec le parcours de Briony, la rupture familiale, ce chemin d’amour vers sa sœur qui devient un martyre, une expiation de sa faute. Même si c’est elle qui raconte son quotidien dans la dernière partie, on reste en surface, et on ne pénètre que très peu son âme…Quel dommage !

Un livre inégal donc pour moi, mais néanmoins attachant. J’ajouterais même que j’ai été surprise par l’écriture de Mac Ewan, il y a une grande justesse dans les personnages féminins… et du Charlotte Brontë dans la première partie !

 

L'adaptation du roman sur grand écran par Joe Wright en 2007 était magnifique..

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Ces extravagantes sœurs Mitford

 

les enfants de David Freeman-Mitford, deuxième Lord Redesdale, sont 7 : 6 filles et 1 garçon ; d’abord un portrait de famille :

  • Pamela (1907-1994) défendit avec vigueur la cause des animaux. Elle mena une vie beaucoup plus paisible que ses sœurs. Sa seule extravagance fut de se marier en noir. 
  • Thomas (1909-1945), le seul fils, mourut durant la Seconde Guerre mondiale. 
  • Diana (1910-2003) se maria en premières noces avec Bryan Guinness, deuxième baron Moyne et héritier des brasseries Guinness, et en secondes noces avec Sir Oswald Mosley, militant fasciste britannique. Elle milita avec lui et tenta un rapprochement entre le mouvement de son mari et Hitler, qu'elle rencontra à de nombreuses reprises. Elle eut deux fils de chacun de ses époux. 
  • Unity (1914-1948), la quatrième des sœurs, était fascinée par la discipline militaire. Elle s'engagea dans le Parti nazi et devint une adoratrice d'Hitler, qu'elle chercha longtemps à rencontrer et dont elle devint une amie. Elle ne supporta pas la déclaration de guerre entre l'Allemagne nazie et l'Angleterre et tenta de se suicider. Elle garda alors une balle dans la tête qui causa sa mort quelques années plus tard. 
  • Jessica (1917-1996) s'engagea au Parti communiste puis rejoignit l'Espagne pour participer à la lutte des Républicains contre les forces de Franco. Elle épousa son cousin Esmond Romilly, neveu de Winston Churchill, qui mourut abattu par l'aviation allemande au dessus de la mer du Nord, en 1941. Elle se remaria aux États-Unis avec un syndicaliste américain, avec lequel elle défendit la cause des Noirs. Elle écrivit plus tard un best-seller, The American Way of Death, dénonçant les pratiques des pompes funèbres. Cet ouvrage lui permit de devenir une journaliste d'investigation pour la presse américaine. 
  • Deborah (née en 1920) épousa en 1941 Lord Andrew Cavendish (1920-2004), duc de Devonshire, neveu du Premier ministre Harold Macmillan et petit-fils de Victor Cavendish, gouverneur général du Canada. Elle est la propriétaire du château de Chatsworth House, dans le Derbyshire.

Je me suis intéressée à  cette famille surprenante après avoir vu un documentaire  passionnant  ; des destins de femmes au cœur d’une période historique tumultueuse . 

Après cette lecture  j’ai quand même le sentiment que ce documentaire était un peu romancé… la vérité ou en tout cas le morceau de vérité évoqué ici est beaucoup moins flatteur. Ces femmes sont nées aristocrates, Ladies, très protégées du monde réel, à une époque ou les filles ne faisaient pas d’études, leur seul destin était celui d’un beau mariage (beau= fortuné) ; c’est le début du XX siècle ; élevées dans la soie, mises sous clés et sous cloche dans des châteaux et manoirs jusqu’à leur « entrée dans le monde » à 18 ans, les livres représentaient un des seuls échappatoires possibles. rien d’étonnant alors que ces esprits gâtés et romanesques aient eu envie de s’émanciper, de se distinguer, ou de provoquer ; 

Mais chose surprenante, cette émancipation, loin d’être celle qu’on aurait pu escompter, s’est caractérisée par une volonté de se libérer du carcan familial, mais en aucun cas du carcan social !! le dénominateur commun de toutes ces sœurs est d’avoir suivi leurs maris dans leurs passions ou leurs convictions en s’oubliant totalement . 

La famille est traditionnelle et conservatrice (rien de surprenant) mais elle est aussi raciste.. tout ce qui n’est pas anglais n’est pas acceptable… et du racisme au fascisme, il n’y a qu’un pas, qu’ont franchi allégrement et sans états d’âmes Unity et Diana, ainsi que leur mère, le père ayant rebroussé chemin au moment de la déclaration de guerre de l’Angleterre à l’Allemagne le 3 septembre 1939. 

Nancy, l’écrivaine à succès ainsi que Pamela et Deborah, même si elles ne se sont pas engagées dans cette voie, n’ont jamais cessé d’appartenir à leur caste, et toujours gardé leur rang social et une sorte « d’esprit de famille »  quelquefois surprenant.

La seule qui ait affirmé sa différence, choisi de rompre avec ses origines par l’exil, est Jessica ; politiquement très engagée dans son combat contre les injustices, le racisme, la pauvreté, elle est pour moi la seule « belle âme » de la famille, capable de lucidité , de recul, et de remise en cause. Mais aurait-elle franchi le pas si elle n’avait pas rencontré un autre aristocrate totalement « en prise » avec ses révoltes et bien décidé à mettre ses idées et convictions en pratique ?

En tout cas, qu’elles choquent ou attendrissent, ces vies singulières et atypiques ballotées par l’Histoire sont  tout à fait passionnantes à explorer. Même si cette famille est singulière par la place sociale qu'elle occupait, il n'en reste pas moins que le contexte politique de cette époque en fait en quelque sorte un échantillon des tiraillements et des choix personnels de chaque individu qui composait la société. A lire absolument.