Olivia Williams : Miss Austen regrets - 2008 - BBC/NOVA/WGBH
Olivia Williams : Miss Austen regrets - 2008 - BBC/NOVA/WGBH

(16/12/1775 - 18/07/1817)

 

 

« il est vrai qu’il ne se passe pas grand chose dans les romans d’Austen : la vraie histoire, chez elle, c’est l’écriture ; c’est cette voix qui ne cesse de se mêler aux voix (mentales) des personnages pour commenter implicitement les comportements et les jugements. Si l’on ne prête pas attention à cette voix, on attend le rebondissement suivant et l’on est déçu, ou bien on n’est sensible qu’à l’intrigue sentimentale » (Isabelle Bour, professeur d’études anglaises du XVIIIe siècle à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris-III).

 

Voilà exactement la raison pour laquelle j'ai voulu créer cette page dédiée à Jane Austen : pour rendre justice à une auteure que l'on prend souvent à la légère en France et qui pour moi a su avec férocité et humour dépeindre la société inégalitaire de son temps, tout en défendant subtilement et finalement avec modernité ses héroines en quête de liberté et d'indépendace. Pour moi une féministe avant l'heure..


Pride and Prejudice (orgueil et préjugés)

 

Fin du XVIIIe siècle, dans le milieu provincial huppé anglais. Dans ce monde là, le seul destin des filles est de faire un « beau » mariage, d’être une bonne épouse, et la seule préoccupation des mères : les caser.

C’est le destin d’Elisabeth, la cadette de la famille Bennet, et de ses 4 sœurs. Mais Elisabeth, est la plus rebelle, la plus vive d’esprit (à une époque ou ce n’est pas du tout de bon goût), la plus indépendante, et la plus lucide dans son refus des règles du jeu social…

J’ai « accroché » dès les premières pages (et ça c'est plutôt rare..) dès cette première conversation entre Mrs et Mr Bennet ! (les parents des 5 jeunes demoiselles) dialogue plein de sarcasmes et de philosophie goguenarde entre ce mari et ce père .. et sa crétine de femme..

et puis dès qu’Elisabeth apparaît, ou plutôt dès qu’elle parle, c’est un délice : elle est totalement brillante, intelligente, et manie l’humour froid avec délectation.. surtout lorsqu’elle juge avec cruauté certains de ses contemporains, leurs petits travers et leurs comportements peu flatteurs..

Mais Elisabeth a un point faible : elle a beaucoup de préjugés.. et n’est pas si fine psychologue lorsqu’il s’agit de ses propres sentiments.. et lorsqu’il s’agit de Darcy.

Darcy, le « brun ténébreux » de l’histoire, énigmatique, issu d’une classe sociale plus élevé que celle des Bennet, d’apparence très hautain et pédant ; Darcy a lui aussi son point faible : c’est son orgueil..

On comprend aisément ce qui va contraindre chacun d’eux à baisser sa propre garde..

Ces 2 personnages sont très romanesques, et pour certaines raisons que vous comprendrez, celui qui m’a le plus impressionné .. et enchanté est… Elisabeth. Elle est le personnage littéraire romanesque par excellence : ce puissant désir d'indépendance, ce désir d'exister en tant que personne et non pas au travers d'un couple (ou d'un mari dans ce milieu provincial aisé du XVIIIe..), cette vivacité d’esprit, ce tempérament rebelle, tout cela m’a parut à la fois très moderne et aussi très surprenant sous la plume d’un auteur de cette époque.. vraiment... c'est presque du féminisme avant l'heure !

 

Lorsqu’Elisabeth visite Pemberley (le manoir de Darcy) par hasard, un jour où il n’est pas là.. il y a une espèce de plénitude qui emplit son coeur, par surprise, en même temps que ses sentiments emplissent son âme.. dans ce lieu imprégné de la présence de Darcy ; c'est très beau et très joliment décrit.. et parce qu’il y a quelque chose d’universel, c’est très touchant.

 

En un mot, un roman impressionnant ..

 

Jane Austen, c’est d’abord (et c’est étonnant) un humour tout à fait féroce, et totalement désuet : et ça j’ai adoré.. le genre de phrase telle que :

« Cette demeure, évidemment, était fort plaisante à condition d'en oublier le maître, et, voyant à quel point Charlotte se montrait satisfaite, Elizabeth conclut qu'elle l'oubliait souvent. »

m’a fait « pouffer » de rire plus d’une fois dans ce roman…

L’humour et le sarcasme, c’est d’abord ça Jane Austen..

Ensuite, l’époque historique, et ce milieu bourgeois empreint de « convenances » et de « manière » mais surtout de « principes ».

Et l’écriture, maîtrisée, et fluide, la fine description psychologique de chaque personnage est un régal.

 

Il n’y a point de surprise dans ce roman, et aucun suspense : on sait dès les premières pages qui va se marier avec qui à la fin.. Je crois qu’il faut s’attacher à lire ce roman comme si on s’apprêtait à déguster un bon carré de chocolat : on sait ce qu’on va manger, mais le goût, la saveur, restent uniques…

 

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(21/04/1816 - 31/03/1855)


Jane EYRE

 

Angleterre – début du XIXe siècle – Jane, petite orpheline de 6 ans, vit à Gateshead, chez sa tante (la femme de son oncle) Mme Reed qui l’a gardée par obligation après la promesse faite à son mari sur son lit de mort. Haïe par sa tante pour laquelle elle est une charge, et par ses cousins, Jane est maltraitée, et battue. Ce début de vie épouvantable d’injustice va faire naître chez la petite Jane un esprit de révolte et de résistance qui va la propulser vers un destin peu commun. De Gateshead au pensionnat de Lowood d’où elle sortira enseignante après 10 ans de vie d’acète, jusqu’au manoir de Thornfield ou elle se fait engager comme gouvernante, Jane raconte son histoire, qui dans les épreuves, les frustrations, les secrets, et une rencontre essentielle avec un homme aussi peu conventionnel qu’elle, vont finir de forger cette personnalité très forte et indépendante et accomplir son désir passionnel de liberté et de bonheur.

 

Je disais à une amie, il n’y a pas si longtemps, que j’ai souvent cette sensation amusante que certains livres choisissent leur lecteur, et que ces « petits hasards » qui nous font tendre la main, ou le cœur, vers un ouvrage parmi des milliers d’autres, n’en sont peut être pas..

Jane Eyre, assurément, en fait partie, parce que l’avoir rencontré aujourd’hui m’a procuré un véritable enchantement que je n’aurais pas été sure d’éprouver il y a 10 ou 20 ans.

Et puisque mes héros à moi ont toujours été plutôt des héroïnes, je peux dire que celle-ci est vraiment différente. Elle a pourtant cette même soif de liberté, cette volonté de libre choix, d’indépendance que possédaient beaucoup de femmes de son siècle, en témoignent bon nombre de romans de cette période. Mais en plus de toutes ces aspirations, Jane en possède d’autres : elle est son propre maître, elle acquiert sa propre autonomie, elle veut décider de sa vie, seule. N’oublions pas que toutes ces aspirations (et le pouvoir) sont totalement « masculins » à cette époque.

 

C’est la surprise de ce livre pour moi : pas d’histoire torturée, pas de personnalité tourmentée, (encore un préjugé ça : mettre toutes les Brontës dans le même panier…) mais le parcours atypique d’une jeune fille pauvre, qui décide d’être maîtresse de son destin.

 

« Me blâmera qui voudra quand j’ajouterai que lorsque, je grimpais à l’étage supérieur, je soulevais la trappe de la mansarde et , parvenue sur le toit, je portais mon regard au loin par-dessus le champ isolé et le coteau, le long de la ligne d’horizon indistincte… qu’alors j’aspirais à posséder un pouvoir de vision qui me permît de dépasser ces limites, qui pût atteindre le monde actif, les villes, ces régions pleines de vie dont j’avais entendu parler mais que je n’avais jamais vues ; qu’alors je regrettais de ne pas posséder plus d’expérience concrète, de ne pas avoir plus de relations avec mes semblables, de ne pas mieux connaître la diversité des caractères que je ne le pouvais avec ce qui était à ma portée. J’estimais ce qu’il y avait de bon chez Mme Fairfax et ce qu’il y avait de bon chez Adèle, mais je croyais à l’existence d’autres sortes de bonté plus intenses, et quand je croyais à quelque chose j’avais envie de le voir. » 

 

Comment ne pas tomber sous le charme de cette personnalité lumineuse et incandescente.. (et je pèse mes mots) ; Jane est une contemplative, elle possède un monde intérieur très riche, elle fait partie des livres qu’elle lit, elle fait partie de la nature qu’elle observe, elle est le crayon de ses dessins.. mais cela ne la tient nullement éloignée du monde dans lequel elle vit, et qui ne l’a pas épargnée d’épreuves ; ce monde extraordinaire qui accompagne ses solitudes n’est pas un échappatoire. Jane est entière et vraie, elle a une grande lucidité, une intelligence piquante et aussi une effronterie touchante… mais surtout elle a une foie, une force incroyable qui la pousse vers le monde, qui lui donne envie de découvrir le monde : elle est pleine de vie !

 

En 5 lieux, 5 étapes : Gateshead, les graines de la révolte, Lowood, le pensionnat des jeunes filles pauvres et l’apprentissage de la maîtrise de soi, Thornfield, la liberté choisie et la rencontre passionnelle avec son « âme soeur » (de 20 ans son aîné !), Moor House, le bâton de pèlerin vers une humble mais riche retraite, et enfin Ferndean, le bonheur inespéré

Des lieux différents, et donc un « périple », quelques rebondissements bien « placés », du mystère (le manoir et ses lourds secrets..) et Jane qui nous raconte son chemin, nous dévoile ses émotions, nous invite au plus profond de son âme à la fois exaltée et contrôlée, et établit une relation si complice avec le lecteur qu’on pourrait presque s’imaginer en train de bavarder avec elle, là, sur un coin de canapé..

 

Un deuxième extrait qui est une évocation d’un moment fort de la vie de Jane au pensionnat de Lowood, une soirée privilégiée passée au côté des 2 personnes marquantes de sa vie : son amie Helen et son éducatrice Mlle Temple :

 

« Le repas réconfortant, le feu brillant, la présence et la bonté de son éducatrice bien-aimée, ou peut être, plus encore que tous ces facteurs, une faculté de l’esprit original de Helen elle-même, avaient mis en branle toutes les ressources de son être. Elles s’éveillèrent, elles s’enflammèrent ; elles commencèrent par luire dans la teinte brillante de ses joues, que je n’avais jamais vues jusqu’alors que pâles et exsangues ; puis elles resplendirent dans l’éclat liquide de ses yeux, qui avaient soudain acquis une beauté plus singulière que ceux de Mlle Temple, une beauté qui ne tenait ni à la couleur, ni à la longueur des cils, ni au dessin des sourcils, mais à la signification, à l’animation, au rayonnement. Et puis son âme lui montait aux lèvres, et les mots coulaient à flots, sans qu’on eut pu dire d’où ils venaient ; le cœur d’une fille de quatorze ans peut-il être assez vaste, assez vigoureux pour contenir la source débordante d’une éloquence pure, pleine, fervente ? Telle était la caractéristique des propos de Helen en cette soirée mémorable pour moi ; son esprit paraissait se hâter de vivre en un très bref espace tout ce que vivent beaucoup d’êtres au cours d’une existence prolongée. » 

 

j’ai été absolument émue, transportée, par la poésie, le lyrisme, l’imagination dont Charlotte Brontë a parsemé ce roman ; chaque dialogue (notamment avec l’énigmatique Edouard Rochester), est un vrai bijou, chaque monologue une invitation au voyage, mais aussi à la réflexion !

 

Et j’ajoute qu’il me semble difficile de lire ce roman comme un autre.. il demande beaucoup de concentration pour ne rater aucun des ces petits pétales parsemés le long des pages, aucune de ces petites perles égrainées dans chaque paragraphe.. je l’ai trouvé exigeant et exclusif parce que je n’ai pu lire rien d’autre en même temps ! (damned ! ) ; mais bon sang ! qu’il a été difficile de quitter Jane !

 

En un mot : un chef d’œuvre à lire ou à re-lire absolument (surtout si on adoooore les héroïnes incandescentes..et romanesques..)

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